Entretien semi-directif : définition, exemple et conseils pour le mémoire
Mis à jour le 12 octobre 2026 · 10 min de lecture · Par Spire Light
L’entretien semi-directif est un entretien de recherche conduit à partir d’un guide : vous préparez des thèmes et des questions ouvertes, mais la personne interrogée répond librement, et vous adaptez l’ordre et les relances à ce qu’elle dit. Il se situe entre l’entretien directif, aux questions fixes, et l’entretien non directif, qui part d’une simple consigne.
Qu’est-ce qu’un entretien semi-directif ?
Le mot « semi-directif » décrit la place de l’enquêteur. Vous fixez le cadre : le sujet, les thèmes à couvrir, la durée. La personne interrogée choisit ses mots, ses exemples et souvent l’ordre dans lequel elle aborde les thèmes. Vous intervenez par des questions ouvertes et des relances, pour approfondir ou pour revenir au sujet.
Pascal Fugier (2010) le résume ainsi : dans cette posture, le chercheur « limite ses interventions à quelques relances afin de susciter la parole de l’enquêté ou de recentrer son propos », et le guide est mobilisé « à partir de la parole de l’enquêté et non pas selon un ordre prédéterminé ». Il rappelle aussi que l’entretien semi-directif est « souvent conseillé voire exigé par les enseignants et formateurs », parce qu’il permet de comparer les discours recueillis.
L’entretien semi-directif est donc à la fois préparé et ouvert. Ce n’est pas une conversation libre, et ce n’est pas un questionnaire oral : si vous lisez vos questions dans l’ordre sans écouter les réponses, vous perdez ce qui fait l’intérêt de la méthode.
Entretien directif, semi-directif ou non directif
On distingue classiquement trois formes d’entretien selon le degré de directivité de l’enquêteur. Elles forment un continuum, et un même entretien peut passer de l’une à l’autre.
| Directif | Semi-directif | Non directif | |
|---|---|---|---|
| Préparation | Questions rédigées, posées dans le même ordre à chacun | Guide de thèmes, questions ouvertes et relances | Une consigne de départ |
| Rôle de l’enquêteur | Pose les questions et note les réponses | Suit la personne, relance, recentre | Écoute, reformule, intervient très peu |
| Réponses | Courtes et faciles à comparer | Développées, comparables thème par thème | Libres, très différentes d’un entretien à l’autre |
| Usage typique | Recueillir des informations précises et connues d’avance | Comprendre des pratiques et des représentations sur des thèmes définis | Explorer un sujet mal connu, recueillir un récit |
L’entretien directif ressemble à un questionnaire passé à l’oral : il convient quand vous savez exactement quelles informations recueillir. L’entretien non directif, inspiré des travaux du psychologue Carl Rogers, laisse la personne dérouler sa pensée à partir d’une consigne et demande une grande aisance d’écoute. Fugier présente le semi-directif comme un compromis entre les deux, et l’entretien compréhensif de Jean-Claude Kaufmann comme son prolongement, dans lequel l’enquêteur s’engage davantage dans l’échange.
Quand choisir l’entretien semi-directif ?
Choisissez-le quand votre question porte sur la manière dont des personnes vivent, comprennent ou justifient une situation, et que vous connaissez assez le sujet pour définir des thèmes. Blanchet et Gotman opposent sur ce point les deux grands outils de l’enquête : l’entretien sert d’abord à reconstruire le sens « subjectif », le sens vécu des comportements, quand le questionnaire cherche à saisir le sens « objectif » des conduites (Blanchet et Gotman, 1992, cités par Ramos, 2015).
Dans la première édition de leur manuel L’entretien (1992 ; 2e éd. refondue, 2007), ils distinguent aussi trois usages de l’enquête par entretien : exploratoire, principal et complémentaire. Dans un mémoire, les entretiens servent souvent de matériau principal. Ils peuvent aussi préparer un questionnaire, en usage exploratoire, ou éclairer ses résultats, en usage complémentaire.
L’entretien semi-directif convient moins bien dans trois cas :
- vous voulez mesurer la fréquence d’un phénomène : un questionnaire est plus adapté ;
- le sujet est si peu connu que vous ne savez pas encore quels thèmes retenir : commencez par des entretiens plus ouverts ;
- ce sont les échanges entre les personnes qui vous intéressent : un focus group peut être plus pertinent.
Préparer et mener l’entretien : relances et écoute
La préparation tient en un document, le guide d’entretien, qui liste vos thèmes, une question principale par thème et des relances. Sa construction et l’entretien pilote sont expliqués pas à pas dans l’article sur le guide d’entretien. Préparez aussi le cadre : un lieu calme où la personne peut parler librement, la notice d’information et le formulaire de consentement, un enregistreur autorisé par votre établissement et une durée annoncée. Il n’existe pas de durée standard : l’entretien pilote vous donne la durée réelle de votre guide, celle que vous annoncerez et respecterez.
Pendant l’entretien, votre travail principal est d’écouter :
- Commencez large. Une première question facile, sur le parcours de la personne, installe la conversation.
- Relancez à partir de ce qui vient d’être dit. Reprenez un mot, demandez un exemple ou un moment précis. Une relance n’introduit pas votre point de vue.
- Acceptez les silences. Quelques secondes de pause laissent souvent la personne compléter sa réponse.
- Suivez les thèmes. Gardez le guide sous les yeux et notez discrètement ce qui a déjà été abordé.
- Recentrez sans couper. Si la personne s’éloigne longtemps du sujet, revenez-y à partir de ses propres mots : « Vous parliez tout à l’heure de… »
Kaufmann va plus loin. Selon lui, l’enquêteur doit s’engager activement « pour provoquer l’engagement de l’enquêté », car celui « qui reste sur sa réserve empêche donc l’informateur de se livrer » (Kaufmann, 1996, cité par Fugier, 2010). Le degré d’engagement se discute avec votre directeur ou directrice de mémoire ; retenez au moins qu’une écoute visible et des relances précises comptent plus qu’une neutralité parfaite.
Enregistrer et retranscrire : intégrale ou partielle ?
Enregistrer vous libère de la prise de notes et vous permet de citer exactement. Ce n’est pas automatique : la personne doit savoir ce que vous enregistrez, pourquoi et qui l’écoutera, et donner son accord avant que vous lanciez l’enregistrement. Beaucoup d’établissements fixent aussi les applications et le matériel autorisés pour des entretiens qui contiennent des données personnelles, et certains n’autorisent ni le dictaphone du téléphone ni les applications tierces. Vérifiez ces règles avant le premier entretien. Si la personne refuse l’enregistrement, prenez des notes détaillées et rédigez un compte rendu juste après.
La retranscription transforme l’enregistrement en texte. Deux choix se présentent :
- La retranscription intégrale. Tout l’entretien, vos questions comprises. Vous pouvez revenir au texte complet pendant toute l’analyse, sans avoir décidé trop tôt de ce qui compte.
- La retranscription partielle. Seulement les passages utiles, le reste étant résumé avec son horodatage. Elle fait gagner du temps, mais vous sélectionnez avant d’avoir analysé.
Reste le niveau de détail. Une transcription mot à mot conserve les hésitations et les phrases interrompues, utiles pour une analyse de discours ; une version nettoyée se lit plus facilement et suffit souvent pour une analyse thématique. Demandez ce que votre formation attend et justifiez votre choix dans le chapitre de méthodologie. Retranscrire à la main prend beaucoup de temps : prévoyez-le dans votre calendrier.
Vérifiez d’abord les règles de votre établissement : une voix permet d’identifier la personne, et Spirelight ne propose pas d’accord de sous-traitance des données. Si votre établissement l’autorise, vous pouvez confier la retranscription de vos entretiens à Spirelight : vous obtenez un premier jet avec les locuteurs et un horodatage à chaque prise de parole, le corrigez en écoutant, vérifiez les hésitations comme « euh » et l’exportez vers Word pour vos annexes.
Analyser les entretiens : analyse thématique ou de contenu
Les entretiens semi-directifs se prêtent bien à deux familles d’analyse :
- L’analyse thématique. Vous repérez dans chaque entretien les passages qui se rapportent à un thème, puis vous comparez les entretiens thème par thème. Paillé et Mucchielli lui consacrent un chapitre de L’analyse qualitative en sciences humaines et sociales (5e éd., 2021).
- L’analyse de contenu. Plus codifiée, elle découpe le texte en unités et les classe dans des catégories définies, parfois avec des comptages. La référence classique en français est L’analyse de contenu de Laurence Bardin (1977 ; rééd., 2013).
Dans les deux cas, l’analyse commence entretien par entretien, avant la comparaison. Une grille d’analyse, avec les thèmes en colonnes et les entretiens en lignes, aide à voir ce qui se répète et ce qui diverge. Citez chaque extrait avec le pseudonyme ou le code de la personne et l’horodatage, pour que le lecteur retrouve le passage dans la retranscription.
Combien d’entretiens pour un mémoire ? La saturation
Il n’existe pas de nombre officiel. Le nombre d’entretiens dépend de votre question, de la diversité des personnes à interroger, de la durée des entretiens et du temps dont vous disposez. Certaines formations fixent un minimum dans leurs consignes : c’est la première chose à vérifier, avec votre directeur ou directrice de mémoire.
Le critère le plus souvent invoqué est la saturation : vous arrêtez quand de nouveaux entretiens n’apportent plus d’éléments nouveaux pour votre question. Elle suppose d’analyser au fil de l’eau, et pas seulement à la fin. Dans un mémoire, le temps manque souvent pour l’atteindre vraiment. Ne l’affirmez donc pas par principe : décrivez ce que vous avez observé et discutez cette limite.
La diversité compte autant que le nombre. Huit entretiens avec des personnes au profil identique en disent moins que huit entretiens qui couvrent les situations que votre question cherche à comparer.
Exemple fictif : une enquête par entretiens semi-directifs
L’enquête ci-dessous est fictive. Elle reprend le mémoire de Camille, en master 1 de sociologie, sur les étudiants qui ont un emploi salarié pendant l’année. Voici un extrait de son chapitre de méthodologie et une citation de l’analyse.
Question de recherche : comment les étudiants salariés organisent-ils leur temps pendant la période des partiels ?
Méthode. J’ai mené huit entretiens semi-directifs avec des étudiants de licence et de master qui travaillent au moins dix heures par semaine, recrutés par l’intermédiaire d’associations étudiantes de deux UFR. Un entretien pilote, qui n’entre pas dans le corpus, a permis de revoir le guide, organisé en quatre thèmes. Les entretiens ont duré de 45 à 75 minutes. Ils ont été enregistrés avec l’accord écrit des participants, sur le matériel autorisé par l’université, puis retranscrits intégralement en version nettoyée.
Analyse. J’ai mené une analyse thématique : chaque entretien a d’abord été codé séparément, puis comparé aux autres dans une grille d’analyse. Les deux derniers entretiens n’ont pas fait apparaître de thème nouveau ; huit entretiens ne permettent pas pour autant de parler de saturation au sens strict, et cette limite est discutée en conclusion.
Extrait cité : « Les semaines de partiels, je ne pose pas de congés, je les échange. Je fais les fermetures le soir et je révise le matin, dans le tram. » (Lucas, pseudonyme, E5, 00:21:37)
Confidentialité. Les noms ont été remplacés par des pseudonymes dès la retranscription ; la table de correspondance est conservée à part, et seul le directeur de mémoire a accès aux retranscriptions pseudonymisées.
L’extrait dit ce qui a été fait sans promettre davantage : les critères de recrutement, la durée réelle des entretiens, le type de retranscription et une limite honnête sur la saturation. Il parle de confidentialité et non d’anonymat, puisque la table de correspondance est conservée.
Les erreurs fréquentes
- Lire le guide comme un questionnaire. Les questions s’enchaînent et les réponses raccourcissent. Suivez la personne et cochez les thèmes au fur et à mesure.
- Poser des questions fermées ou orientées. « Vous trouvez ça difficile ? » appelle un oui. Préférez « Comment ça se passe quand… ».
- Parler trop. Si vos interventions occupent une grande partie de la retranscription, vos relances étaient trop longues ou trop nombreuses.
- N’interroger que des proches. Des amis partagent souvent vos évidences et n’osent pas vous contredire. Si vous le faites, dites-le et discutez-en dans la méthodologie.
- Retranscrire trop tard. Un entretien retranscrit dans la semaine nourrit les suivants ; des entretiens retranscrits tous ensemble en fin de semestre ne le peuvent plus.
- Promettre l’anonymat. Tant que l’enregistrement et la table de correspondance existent, les données sont pseudonymisées, pas anonymes. Les règles sont détaillées dans l’article sur le consentement éclairé.
- Annoncer la saturation sans la montrer. Décrivez ce que vous avez observé, entretien après entretien.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce qu’un entretien semi-directif ?
- C’est un entretien de recherche mené à partir d’un guide : vous préparez des thèmes et des questions ouvertes, mais la personne répond librement, et vous adaptez l’ordre et les relances à ce qu’elle dit. Il se situe entre l’entretien directif, aux questions fixes, et l’entretien non directif, qui part d’une simple consigne.
- Combien d’entretiens faut-il pour un mémoire ?
- Il n’existe pas de nombre officiel. Vérifiez d’abord les consignes de votre formation, puis voyez avec votre directeur ou directrice de mémoire. Le critère le plus souvent invoqué est la saturation : vous arrêtez quand de nouveaux entretiens n’apportent plus d’éléments nouveaux. Dans le mémoire, décrivez ce que vous avez observé plutôt que d’affirmer la saturation, et veillez à la diversité des profils.
- Combien de temps dure un entretien semi-directif ?
- Il n’y a pas de durée standard : elle dépend du nombre de thèmes, du sujet et de la personne. Mesurez la durée réelle de votre guide avec l’entretien pilote, annoncez-la dans la notice d’information et respectez-la.
- Faut-il tout retranscrire ?
- Pas forcément. Une retranscription intégrale vous permet de revenir au texte complet pendant l’analyse ; une retranscription partielle fait gagner du temps, mais vous choisissez ce qui compte avant d’avoir analysé. Le niveau de détail, mot à mot ou nettoyé, dépend de votre méthode. Demandez ce que votre formation attend et justifiez votre choix dans le chapitre de méthodologie.
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