Guide d’entretien : construire sa grille d’entretien (exemple pour le mémoire)
Mis à jour le 12 octobre 2026 · 10 min de lecture · Par Spire Light
Le guide d’entretien est le document qui prépare et accompagne vos entretiens de recherche : il liste les thèmes à aborder, une question principale par thème et les relances possibles. Il ne se lit pas comme un questionnaire. Dans un entretien semi-directif, il sert d’aide-mémoire, et l’ordre des questions suit ce que dit la personne interrogée.
Qu’est-ce qu’un guide d’entretien ?
Le guide d’entretien traduit votre problématique en sujets de conversation. Votre question de recherche est écrite pour un jury ; les questions du guide sont écrites pour une personne qui n’a pas lu votre revue de littérature. Entre les deux, il y a un travail de traduction : vous partez de ce que vous voulez savoir et vous cherchez comment le faire raconter.
Dans un mémoire, le guide remplit trois fonctions :
- Préparer. Il vous oblige à vérifier que chaque thème sert votre problématique et qu’aucun thème important ne manque.
- Conduire. Pendant l’entretien, il vous rappelle les thèmes qui restent à couvrir, sans vous imposer un ordre.
- Rendre compte. Placé en annexe, il montre au jury comment vous avez recueilli vos données et rend votre démarche vérifiable.
Le guide est surtout l’outil de l’entretien semi-directif. Pour un entretien directif, vous rédigez des questions fixes, posées dans le même ordre à tout le monde ; pour un entretien non directif, une consigne de départ suffit parfois. Le guide se situe entre les deux : assez structuré pour comparer les entretiens, assez souple pour suivre la personne. Les trois formes sont comparées dans l’article sur l’entretien semi-directif.
Guide, grille d’entretien et grille d’analyse : la différence
Les trois expressions circulent dans les consignes de mémoire, et elles ne désignent pas toujours la même chose. Dans beaucoup de manuels et de consignes, « guide d’entretien » et « grille d’entretien » sont synonymes : Jean-Claude Kaufmann, par exemple, parle de « grille » pour l’outil de l’entretien compréhensif. Quand des consignes distinguent les deux, la grille désigne parfois une liste de questions entièrement rédigées : demandez ce que chaque terme recouvre dans votre formation. La grille d’analyse, elle, est un autre outil : elle sert après les entretiens, pour classer ce qui a été dit.
| Guide d’entretien | Grille d’entretien | Grille d’analyse | |
|---|---|---|---|
| À quoi il sert | Préparer et conduire les entretiens | Le plus souvent, la même chose que le guide | Classer et comparer ce qui a été dit |
| Quand | Avant et pendant les entretiens | Avant et pendant les entretiens | Après la retranscription |
| Contenu | Thèmes, questions principales, relances possibles | Les mêmes éléments, sauf si vos consignes en font une liste de questions rédigées | Thèmes en colonnes, entretiens en lignes, extraits dans les cases |
| Dans le mémoire | En annexe | En annexe | En annexe ou dans le chapitre d’analyse |
Retenez surtout la séparation entre l’outil de recueil et l’outil d’analyse. Les thèmes du guide inspirent souvent les premières colonnes de la grille d’analyse, mais celle-ci évolue avec ce que les entretiens apportent : un thème que personne n’évoque disparaît, un thème inattendu s’ajoute.
Thèmes, questions principales et relances
Un guide d’entretien se construit sur trois niveaux :
- Les thèmes. Ce sont les grands blocs de votre problématique, par exemple « choix de la formation » ou « organisation du travail ». Chaque thème se rattache à une question de recherche ou à une hypothèse.
- Les questions principales. Une question ouverte par thème, écrite pour lancer un récit : « Pouvez-vous me raconter… », « Comment se passe… ». Vous la posez si la personne n’aborde pas le thème d’elle-même.
- Les relances. Des pistes notées sous chaque question pour approfondir : un exemple, une précision, un moment précis. Ce sont des aide-mémoire, pas des questions à poser l’une après l’autre.
Les relances ne se préparent qu’en partie. Dans la première édition de L’entretien compréhensif (1996 ; 4e éd., 2016), citée par Pascal Fugier (2010), Kaufmann écrit que « la meilleure question n’est pas donnée par la grille : elle est à trouver à partir de ce qui vient d’être dit par l’informateur ». Fugier décrit la grille de l’entretien compréhensif comme un ensemble de pistes de recherche plutôt qu’une liste de questions formatées. Les relances écrites dans votre guide vous évitent d’oublier un aspect ; les meilleures naissent souvent de l’écoute.
Pour relancer, plusieurs formes reviennent dans les manuels :
- L’écho. Reprendre un mot ou la fin de la phrase : « Compliqué ? » La personne précise d’elle-même.
- La demande d’exemple. « La dernière fois que c’est arrivé, comment cela s’est-il passé ? »
- La demande de précision. « Qu’entendez-vous par “pas vraiment choisi” ? »
- Le résumé. « Si je vous suis bien… », pour vérifier que vous avez compris, sans ajouter votre interprétation.
- Le silence. Quelques secondes d’attente après une réponse : la personne complète souvent.
Dans la première édition de leur manuel L’entretien (1992 ; 2e éd. refondue, 2007), Blanchet et Gotman consacraient déjà une section aux effets des relances sur le discours de la personne interrogée. La forme de votre relance oriente ce qui est dit ensuite. Évitez donc les relances qui contiennent déjà la réponse, comme « Ça a dû être difficile, non ? ».
L’ordre et la formulation des questions
L’ordre du guide est un ordre de départ. Il suit en général un mouvement simple :
- L’introduction. Le rappel du sujet, de la durée et de l’enregistrement, puis une question large et facile, souvent sur le parcours de la personne.
- Le cœur de l’entretien. Les thèmes de votre problématique, du plus concret au plus personnel ou délicat.
- La clôture. Une question ouverte sur ce qui n’a pas été abordé, quelques informations de profil si vous en avez besoin, puis des remerciements.
Pendant l’entretien, suivez la personne. Si elle aborde le troisième thème dès sa première réponse, notez-le et revenez au deuxième plus tard. C’est ce qui distingue un entretien semi-directif d’un questionnaire lu à voix haute.
Pour la formulation, quelques règles suffisent :
- Des questions ouvertes. « Comment avez-vous choisi cet emploi ? » plutôt que « Avez-vous choisi cet emploi ? », qui appelle un oui ou un non.
- Une idée par question. « Comment se passent vos révisions et vos relations avec le groupe ? » mélange deux thèmes.
- Du vécu plutôt que des opinions générales. « Racontez-moi votre dernière semaine de partiels » donne plus de matière qu’une question sur ce que la personne pense des partiels.
- Peu de « pourquoi ». Un « pourquoi » direct peut sonner comme une demande de justification. « Qu’est-ce qui vous a amené à… » ouvre davantage.
- Les mots de la personne, pas les vôtres. Laissez le vocabulaire théorique de votre problématique dans le mémoire : on ne demande pas à un étudiant de décrire son « capital culturel ».
Construire votre guide d’entretien en six étapes
- 1
Partez de votre problématique
Listez vos questions de recherche ou vos hypothèses. Chaque thème du guide devra s’y rattacher ; un thème qui ne sert aucune question est à supprimer. - 2
Découpez en thèmes
Regroupez ce que vous voulez savoir en quelques grands blocs, en nombre suffisamment réduit pour les couvrir dans la durée que vous annoncerez. - 3
Rédigez une question principale par thème
Une question ouverte et concrète, dans les mots des personnes que vous interrogerez. - 4
Notez les relances
Sous chaque question, quelques pistes en style télégraphique : exemples, moments précis, personnes impliquées. - 5
Ajoutez l’introduction et la clôture
Présentation, notice d’information et accord pour l’enregistrement au début ; question ouverte, informations de profil et remerciements à la fin. Ce que la personne doit signer est détaillé dans l’article sur le consentement éclairé. - 6
Faites relire, puis testez
Montrez le guide à votre directeur ou directrice de mémoire, puis menez un entretien pilote.
Il n’y a pas de nombre de questions idéal : comptez plutôt en thèmes, avec une question principale chacun, et vérifiez avec l’entretien pilote que l’ensemble tient dans la durée annoncée. Gardez le guide lisible d’un coup d’œil : pendant l’entretien, vous n’aurez pas le temps de chercher une relance au milieu d’un long texte.
Tester le guide avec un entretien pilote
L’entretien pilote est un premier entretien, mené avec une personne proche de votre public, pour tester le guide. Il sert d’abord à vérifier que l’outil fonctionne, pas à recueillir des données. Après le pilote, posez-vous quatre questions :
- Les questions principales ont-elles été comprises du premier coup ?
- Lesquelles ont produit des réponses courtes, par oui ou par non ?
- Combien de temps l’entretien a-t-il réellement duré ?
- Un thème important est-il apparu sans figurer dans le guide ?
Modifiez ensuite le guide et gardez la trace des changements : vous en aurez besoin dans le chapitre de méthodologie. Selon les consignes, l’entretien pilote entre ou non dans votre corpus ; posez la question à votre directeur ou directrice de mémoire.
Le plus simple pour juger un guide est de relire l’entretien pilote par écrit. Enregistrez-le si la personne est d’accord et si votre établissement autorise l’outil : beaucoup d’établissements fixent les applications et le matériel autorisés pour des entretiens qui contiennent des données personnelles, et certains n’autorisent ni le dictaphone du téléphone ni les applications tierces. Sur la transcription, vous repérez vite les questions fermées, les relances qui suggèrent la réponse et les moments où vous avez coupé la parole.
Vérifiez d’abord les règles de votre établissement : une voix permet d’identifier la personne, et Spirelight ne propose pas d’accord de sous-traitance des données. Si votre établissement l’autorise, Spirelight vous aide pour la retranscription : vous importez l’enregistrement et obtenez un premier jet avec les locuteurs et un horodatage à chaque prise de parole, que vous corrigez en écoutant.
Exemple fictif : un guide d’entretien semi-directif
Le guide ci-dessous est fictif. Camille prépare un mémoire de master 1 en sociologie sur les étudiants qui ont un emploi salarié pendant l’année. Les relances sont notées en mots-clés, comme dans un vrai guide.
Question de recherche : comment les étudiants salariés organisent-ils leur temps pendant la période des partiels ?
Introduction. Présentation du mémoire, rappel de la notice d’information, accord pour l’enregistrement. « Pour commencer, pouvez-vous me raconter votre parcours jusqu’à aujourd’hui ? »
Thème 1. L’emploi. « Comment se passe une semaine ordinaire entre vos cours et votre travail ? » Relances : nombre d’heures, horaires, trajets, ce qui a changé depuis la rentrée.
Thème 2. Les partiels. « Racontez-moi vos derniers partiels, à partir de la semaine qui les a précédés. » Relances : jours posés ou non, révisions, fatigue, un moment précis.
Thème 3. Les soutiens. « Sur qui avez-vous pu compter pour vous organiser pendant cette période ? » Relances : employeur, collègues, enseignants, régime spécial d’études, famille.
Thème 4. Le sens donné à l’emploi. « Avec le recul, que représente cet emploi dans vos études ? » Relances : choix ou nécessité, projets, conseil à un nouvel étudiant salarié.
Clôture. « Y a-t-il quelque chose que nous n’avons pas abordé et qui vous semble important ? » Profil : année d’études, filière, type de contrat. Remerciements, rappel des modalités de retrait prévues par la notice.
Le guide applique les règles vues plus haut : une question principale ouverte par thème, une seule idée par question, des relances en mots-clés et le profil à la fin. Après l’entretien pilote, Camille a supprimé la question « Pourquoi travaillez-vous ? », qui obligeait la personne à se justifier, et l’a remplacée par la question du thème 4.
Le guide d’entretien en annexe du mémoire
Sauf consigne contraire de votre formation, placez le guide en annexe : c’est lui qui permet au jury de voir comment vos données ont été produites. Vérifiez les attentes avec votre directeur ou directrice de mémoire, puis joignez :
- la version du guide utilisée pour les entretiens ;
- les changements faits après l’entretien pilote, en annexe ou dans le chapitre de méthodologie ;
- la notice d’information et le modèle de formulaire de consentement ;
- les retranscriptions pseudonymisées, si votre formation les demande.
Les formulaires signés contiennent des noms et des signatures : ils ne vont pas en annexe. Conservez-les à part, comme le prévoit votre établissement. Dans le chapitre de méthodologie, décrivez le guide en quelques lignes : ses thèmes, leur lien avec la problématique, la façon dont vous l’avez utilisé et ce que le pilote a changé. Quand vous citez un entretien dans l’analyse, indiquez le pseudonyme ou le code et l’horodatage, par exemple (E3, 00:14:20), pour que le lecteur retrouve le passage dans la retranscription.
Si votre projet passe devant un comité d’éthique de la recherche (CER), le guide fait souvent partie du dossier. Le CER de l’Université Paris-Saclay demande par exemple de joindre, « le cas échéant », les « questionnaires, échelles, grilles d’entretien » au formulaire de soumission.
Questions fréquentes
- Quelle différence entre guide et grille d’entretien ?
- Dans beaucoup de manuels et de consignes, les deux expressions désignent le même document : la liste des thèmes, des questions principales et des relances qui vous accompagne pendant l’entretien. Kaufmann parle d’ailleurs de « grille ». Quand des consignes distinguent les deux, la grille désigne parfois une liste de questions entièrement rédigées. Ne confondez pas avec la grille d’analyse, qui sert après les entretiens à classer ce qui a été dit.
- Combien de questions dans un guide d’entretien ?
- Il n’y a pas de nombre idéal. Comptez plutôt en thèmes : chaque thème se rattache à votre problématique et reçoit une question principale ouverte, avec quelques relances notées en mots-clés. Le bon nombre est celui que vous pouvez couvrir dans la durée annoncée à la personne, et l’entretien pilote vous permet de le vérifier.
- Faut-il mettre le guide d’entretien en annexe ?
- Oui, sauf consigne contraire de votre formation. Le guide en annexe montre au jury comment vos données ont été produites. Joignez la version utilisée, signalez les changements faits après l’entretien pilote et renvoyez-y depuis le chapitre de méthodologie. Les formulaires de consentement signés, eux, ne vont pas en annexe.
- Comment formuler des relances ?
- Partez de ce que la personne vient de dire : reprenez un mot en écho, demandez un exemple ou une précision, résumez pour vérifier que vous avez compris, ou laissez simplement un silence. Évitez les relances qui suggèrent la réponse. Kaufmann rappelle que la meilleure question se trouve à partir de ce qui vient d’être dit, pas dans la grille.
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