Focus group : définition, déroulement et analyse (avec exemple)
Mis à jour le 12 octobre 2026 · 11 min de lecture · Par Spire Light
Un focus group, ou entretien de groupe, réunit quelques personnes pour discuter d’un thème sous la conduite d’un animateur. L’animateur ne pose pas les questions à chacun tour à tour : il lance la discussion et laisse les participants se répondre. Ce sont ces échanges, les accords, les désaccords et la manière dont les opinions se forment ensemble, qui constituent les données.
Qu’est-ce qu’un focus group ?
La méthode porte plusieurs noms en français : entretien de groupe, entretien collectif, groupe de discussion. El Hadj Touré (2010), qui recense ces appellations, note que certains auteurs gardent l’expression anglaise, faute de traduction commune. Sophie Duchesne et Florence Haegel ont consacré à la méthode un manuel, L’entretien collectif (2004 ; nouv. éd., 2005).
Ce qui distingue le focus group d’un entretien mené à plusieurs, c’est le statut de l’interaction. Pour Sabine Caillaud et Uwe Flick (2017), les interactions du groupe y sont des données de recherche à part entière, et non des biais à éliminer. Richard Krueger et Mary Anne Casey, auteurs de Focus Groups: A Practical Guide for Applied Research (5e éd., 2014), ont résumé leur méthode dans « Designing and Conducting Focus Group Interviews », un texte diffusé par la Banque mondiale en 2001, d’où viennent les conseils cités ici. Pour eux, un focus group fonctionne quand les participants se parlent et rebondissent sur les propos des autres, au lieu de répondre sans cesse à l’animateur. Ils rappellent aussi qu’il ne sert pas à obtenir un consensus et qu’il ne fournit pas de données statistiques : trop peu de personnes sont entendues pour représenter une population.
Focus group ou entretien individuel : que choisir ?
| Entretien individuel | Focus group | |
|---|---|---|
| Ce que vous recueillez | Le récit et l’expérience d’une personne | Des échanges : ce qui fait accord ou débat dans un groupe |
| Rôle de l’enquêteur | Relance une personne et suit son récit | Anime, distribue la parole, laisse les participants se répondre |
| Sujets adaptés | Parcours, expériences personnelles, sujets sensibles | Pratiques et normes dont les gens parlent entre eux |
| Confidentialité | Vous seul entendez les réponses | Chaque participant entend ce que disent les autres |
| Retranscription | Deux voix, faciles à distinguer | Plusieurs voix qui se coupent ; les locuteurs sont indispensables |
Choisissez le focus group quand votre question porte sur des normes partagées, sur la façon dont un groupe parle d’un sujet ou sur ses réactions à une proposition. Préférez l’entretien semi-directif pour reconstituer des parcours ou pour des sujets que les gens n’aborderaient pas devant d’autres. Krueger et Casey conseillent d’ailleurs une autre méthode, comme l’entretien individuel, si les participants risquent de subir un préjudice pour ce qu’ils disent devant le groupe. Les deux méthodes se combinent aussi : des entretiens suivis d’un focus group peuvent former une triangulation.
Combien de participants, et lesquels ?
Il n’existe pas de nombre unique. Krueger et Casey conseillent six à huit personnes : assez pour faire naître des idées variées, pas trop pour que chacun ait le temps de parler. Touré relève une fourchette plus large, de six à douze membres en moyenne selon les spécialistes. Pour un mémoire, six à huit participants restent plus faciles à animer et à retranscrire. Certaines personnes ne viendront pas : confirmez la participation de chacun la veille.
Krueger et Casey recommandent trois ou quatre groupes par catégorie de participants, car c’est souvent après le troisième ou le quatrième qu’aucune idée nouvelle n’apparaît. Si votre mémoire ne permet qu’un ou deux groupes, présentez le focus group comme un complément à d’autres données et discutez cette limite dans la méthodologie.
Invitez des personnes qui partagent les expériences utiles au sujet, et évitez, comme le recommandent Krueger et Casey, les écarts de pouvoir entre participants : ne réunissez pas des salariés et leur responsable, ni des étudiants et l’un de leurs enseignants. Décidez aussi si vous réunissez des inconnus ou des personnes qui se connaissent. Un groupe existant, comme une promotion, discute souvent plus librement, mais tait parfois ce qui va de soi pour lui, et ce qui est dit peut circuler après la séance.
Le guide d’animation
Le guide d’animation est l’équivalent du guide d’entretien, adapté au groupe : un parcours de questions qui va du général au particulier. Krueger et Casey estiment qu’en deux heures on pose une douzaine de questions, et que les débutants en prévoient souvent beaucoup trop. Ils distinguent cinq types de questions :
- L’ouverture, simple, à laquelle chacun répond, pour que tout le monde ait parlé une fois.
- L’introduction, qui amène le thème : « Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit quand on parle de… ? »
- La transition, qui rapproche le groupe des questions centrales, souvent à partir d’une expérience précise.
- Les questions clés, au cœur de votre problématique, qui occupent au moins la moitié du temps.
- La conclusion : un résumé soumis au groupe, puis « Avons-nous oublié quelque chose d’important ? »
Les règles de formulation sont celles de l’entretien individuel : des questions ouvertes et peu de « pourquoi », qui mettent sur la défensive. Krueger et Casey conseillent aussi de ramener les participants à une situation vécue : « Repensez à la dernière fois que… ». Préparez enfin l’introduction de la séance : l’accueil, le thème, les règles de la discussion, puis la première question. Dites qu’il n’y a pas de mauvaise réponse et que personne n’est obligé d’être d’accord.
L’animateur et l’observateur
L’animateur crée un climat où chacun ose parler et garde la discussion sur le sujet. Son but n’est pas que tout le monde parle autant, mais que tout le monde puisse parler :
- Laissez des silences. Krueger et Casey conseillent d’accepter une pause d’environ cinq secondes : elle pousse souvent quelqu’un à compléter.
- Relancez sans orienter. « Vous pouvez donner un exemple ? », « Qui voit les choses autrement ? ». Évitez les hochements de tête et les « très bien », que le groupe prend pour une approbation.
- Régulez la parole. Remerciez les participants dominants et demandez l’avis des autres ; invitez nommément une personne restée silencieuse, sans la mettre en difficulté.
L’animateur ne peut pas à la fois mener la discussion et prendre des notes. Krueger et Casey recommandent donc un assistant, que l’on peut appeler observateur : il s’occupe du matériel, prend des notes sur les échanges et résume la séance à la fin. Demandez-lui de noter qui parle et dans quel ordre, pour aider à reconnaître les voix. Dans un mémoire, ce rôle peut revenir à un autre étudiant, si sa présence est annoncée dans la notice d’information et qu’il est tenu à la même confidentialité que vous. Voyez-le avec votre directeur ou directrice de mémoire.
Enregistrer plusieurs voix : consentement et confidentialité
Enregistrer un focus group, c’est enregistrer la voix de chaque participant. Or une voix permet d’identifier une personne : la définition de la donnée personnelle par la CNIL cite expressément « la voix ou l’image ». Un enregistrement de groupe contient donc des données personnelles, même sans aucun nom.
Chaque participant doit consentir à l’enregistrement, pas seulement la majorité. En France, l’article 226-1 du code pénal réprime le fait d’enregistrer, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel. Pour un mineur, ce consentement doit venir des titulaires de l’autorité parentale ; demandez aussi son accord au mineur. Si une seule personne refuse, n’enregistrez pas la séance : prenez des notes détaillées avec l’observateur. Utilisez le matériel autorisé par votre établissement : beaucoup d’établissements fixent les applications et le matériel admis pour des données personnelles, et certains n’autorisent ni le dictaphone du téléphone ni les applications tierces. En visioconférence, l’image s’ajoute à la voix, et l’outil doit lui aussi être autorisé par votre établissement.
La notice d’information et le formulaire suivent les mêmes règles que pour un entretien individuel, et c’est votre établissement, pas vous, qui fixe la base légale du traitement : voyez l’article sur le consentement éclairé. Un focus group ajoute deux points à la notice. D’abord, chaque participant entendra les autres, et un observateur peut être présent. Ensuite, comme le soulignent Krueger et Casey, vous pouvez vous engager à garder les propos confidentiels, mais pas garantir que les autres participants feront de même. Demandez au groupe de ne pas répéter ce qui a été dit, en précisant que vous ne pouvez pas le garantir.
Retranscrire un focus group avec les locuteurs
Sans locuteurs, une retranscription de focus group se prête mal à l’analyse. Krueger et Casey distinguent la fréquence d’une idée, le nombre de fois où elle est dite, et son étendue, le nombre de personnes différentes qui l’expriment. L’étendue renseigne mieux sur le degré d’accord, et elle ne peut pas s’établir si les propos ne sont pas attribués. Notez donc qui parle à chaque prise de parole, avec un code stable : A pour l’animatrice ou l’animateur, P1 à P6 pour les participants, ou des pseudonymes. Ajoutez un horodatage à chaque prise de parole, signalez les chevauchements [en même temps] et les passages [inaudible] au lieu de les deviner, et reprenez entre crochets les réactions notées par l’observateur, comme [rires].
Comptez plus de temps que pour un entretien individuel : les voix se coupent, et il faut parfois réécouter un passage pour attribuer une phrase. Krueger et Casey comptent environ deux jours par groupe pour une analyse fondée sur la retranscription complète, retranscription comprise.
Vérifiez d’abord les règles de votre établissement : une voix permet d’identifier la personne, et Spirelight ne propose pas d’accord de sous-traitance des données. Si votre établissement l’autorise, Spirelight produit une retranscription avec les locuteurs et un horodatage à chaque prise de parole. Vous renommez les locuteurs avec vos codes, vérifiez l’attribution des voix en écoutant, surtout quand plusieurs personnes parlent en même temps, puis exportez le texte vers Word.
Analyser un focus group
L’analyse porte sur ce qui est dit et sur la manière dont le groupe le dit. Une analyse thématique classe les propos par thème, comme pour des entretiens ; l’analyse des interactions regarde qui lance une idée, qui la reprend et qui la conteste. Krueger et Casey proposent plusieurs points d’attention :
- Le contexte. Une phrase répond à une question ou à un autre participant : interprétez-la à partir de ce qui l’a déclenchée.
- Les changements d’avis. Dans un groupe, une personne change parfois de position après un échange. Suivez le fil pour comprendre pourquoi.
- La fréquence et l’étendue. Une idée répétée dix fois par la même personne pèse moins qu’une idée partagée par plusieurs participants.
- La précision. Un propos à la première personne, appuyé sur une expérience, compte davantage qu’une généralité.
Analysez d’abord chaque groupe séparément, puis comparez-les. Ne présentez pas les résultats comme un sondage : « cinq participants sur six » ne dit rien d’une population. Citez chaque extrait avec le groupe, le code du participant et l’horodatage, par exemple (FG1, P3, 00:24:10), et montrez les désaccords autant que les accords.
Exemple fictif : un focus group sur le travail étudiant
L’exemple prolonge l’enquête fictive de Camille, en master 1 de sociologie, sur les étudiants salariés. Après ses huit entretiens individuels, elle organise un focus group pour entendre comment des étudiants parlent ensemble des arrangements avec leur employeur pendant les partiels.
Participants : six étudiants salariés de licence et de master, recrutés par les associations étudiantes de deux UFR, qui n’ont pas participé aux entretiens. Aucun n’encadre un autre participant au travail. Chacun a signé le formulaire de consentement, et la règle de confidentialité a été rappelée avec ses limites. Une observatrice, étudiante du même master mentionnée dans la notice d’information, prend des notes. La séance est enregistrée sur le matériel autorisé par l’université.
Guide d’animation (extrait). Ouverture : « Dites-nous votre filière et l’emploi que vous occupez. » Question clé : « Repensez à vos derniers partiels. Comment se sont passés les arrangements avec votre employeur ? » Conclusion : résumé de l’observatrice, puis « Avons-nous oublié quelque chose d’important ? »
Extrait de retranscription :
[00:18:42] A : Repensez à vos derniers partiels. Comment se sont passés les arrangements avec votre employeur ?
[00:18:51] P2 : Moi, je n’ai rien demandé au responsable. Entre étudiants, on s’échange les créneaux, c’est plus simple.
[00:19:02] P5 : Pareil. Demander, c’est déjà se faire remarquer.
[00:19:08] P1 : Ah non, moi j’ai demandé, et ça s’est bien passé. Mais je travaille dans une petite librairie.
[00:19:17] P5 : Oui, chez toi, c’est différent… [en même temps]
[00:19:18] P1 : … tout le monde se connaît.
Notes de l’observatrice : P3 et P6 ne s’expriment pas sur cette question ; P3 acquiesce aux propos de P2 et reprend l’idée des échanges de créneaux à 00:26:15.
Note d’analyse : l’idée qu’on s’arrange entre étudiants plutôt que de solliciter le responsable est formulée par P2 et P5, puis reprise par P3 (FG, P3, 00:26:15). P1 la conteste à partir d’une situation différente, une petite structure. À confronter aux entretiens individuels.
L’exemple suit les conseils de ce guide : six participants sans lien hiérarchique, le consentement de chacun, les limites de la confidentialité annoncées, une observatrice et des locuteurs codés et horodatés. La note d’analyse rend compte de l’étendue d’une idée et d’un désaccord, sans chiffrer une opinion. Un seul groupe ne suffit pas à établir une norme : Camille présente ce focus group comme un complément à ses entretiens et discute cette limite.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce qu’un focus group ?
- C’est un entretien de groupe : quelques personnes discutent d’un thème sous la conduite d’un animateur, qui lance la discussion et laisse les participants se répondre. Les échanges eux-mêmes, accords, désaccords et changements d’avis, constituent les données. On parle aussi d’entretien collectif ou de groupe de discussion.
- Combien de participants dans un focus group ?
- Il n’y a pas de nombre unique. Krueger et Casey conseillent six à huit personnes, assez pour faire naître des idées variées sans priver quiconque de parole ; d’autres auteurs citent des groupes de six à douze membres. Pour un mémoire, six à huit participants restent plus faciles à animer et à retranscrire. Confirmez la participation de chacun la veille.
- Comment analyser un focus group ?
- Retranscrivez la séance avec les locuteurs, puis analysez chaque groupe séparément avant de les comparer. Regardez ce qui est dit, thème par thème, et comment le groupe le dit : qui lance une idée, qui la reprend, qui la conteste. Distinguez le nombre de fois où une idée revient et le nombre de personnes qui la partagent, et ne présentez pas les résultats comme un sondage.
- Quelle différence avec un entretien individuel ?
- L’entretien individuel recueille le récit d’une personne ; le focus group recueille des échanges entre plusieurs personnes, et l’animateur distribue la parole plus qu’il ne relance. La confidentialité n’est pas la même : chaque participant entend les autres, et vous ne pouvez pas garantir qu’ils garderont les propos pour eux. Pour des sujets sensibles, préférez l’entretien individuel.
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