Problématique : comment la formuler (exemples pour le mémoire)
Mis à jour le 12 octobre 2026 · 9 min de lecture · Par Spire Light
La problématique est la question à laquelle votre mémoire répond, accompagnée du raisonnement qui y conduit : ce que l’on sait déjà du sujet, ce qui reste obscur ou contradictoire, et l’angle sous lequel vous choisissez de l’étudier. Elle transforme un thème qui vous intéresse en un problème de recherche que vous pouvez traiter avec vos lectures et vos données.
Qu’est-ce qu’une problématique ?
Un sujet n’est pas encore une problématique. « Le travail étudiant » désigne un domaine ; il ne dit ni ce qui fait problème, ni ce que vous cherchez à comprendre. La problématique répond à ces deux questions. Elle situe votre interrogation par rapport aux travaux existants, explique pourquoi elle mérite d’être posée et la formule assez précisément pour qu’un mémoire puisse y répondre.
Dans le Manuel de recherche en sciences sociales, un classique des cours de méthodologie, la problématique est la troisième des sept étapes de la démarche. Elle vient après la question de départ et l’exploration, et avant la construction du modèle d’analyse. Dans sa sixième édition (2022), signée Jacques Marquet, Luc Van Campenhoudt et Raymond Quivy, le manuel fait du concept (interaction, système, champ, réseau…) un « outil de problématisation » et distingue deux temps : « faire le point et élucider les problématiques possibles », puis « se donner une problématique ».
Le mot a aussi un sens plus scolaire, hérité de la dissertation : la question qui guide le devoir. Dans un mémoire, on attend en général davantage : un raisonnement de quelques paragraphes qui aboutit à une question précise, la question de recherche. Les consignes de votre formation disent sous quelle forme elle doit apparaître.
Sujet, question de recherche et hypothèses : les différences
Ces termes se suivent dans le travail, et les consignes les emploient parfois l’un pour l’autre. Voici comment les distinguer :
- Le sujet. Le domaine que vous étudiez : le travail étudiant, la mobilité internationale, l’usage des réseaux sociaux au collège.
- La question de départ. Une première formulation de ce que vous voulez savoir, écrite avant les lectures. Elle est provisoire et changera.
- La problématique. Le raisonnement construit après l’exploration : l’état des connaissances, ce qui pose problème, l’angle et les concepts retenus.
- La question de recherche. La question précise qui conclut la problématique. Elle peut se décliner en quelques sous-questions.
- Les hypothèses. Des réponses provisoires à la question de recherche, que l’enquête confronte aux données. Le manuel de Marquet, Van Campenhoudt et Quivy les place à l’étape suivante, la construction du modèle d’analyse.
Faut-il des hypothèses ? Cela dépend de votre démarche. Si vous testez une relation entre des variables, par exemple avec un questionnaire, formulez des hypothèses que vos résultats pourront confirmer ou infirmer. Dans une démarche qualitative et inductive, beaucoup de mémoires s’en passent : la question de recherche guide l’enquête, et des hypothèses de travail se dégagent pendant l’analyse. Certaines formations en exigent malgré tout ; présentez-les alors comme des pistes à explorer plutôt que comme des affirmations à prouver, et vérifiez ce qui est attendu avec votre directeur ou directrice de mémoire.
Du sujet à la problématique en six étapes
La problématique ne s’écrit pas d’un trait. Elle se construit par allers-retours entre vos lectures, vos premières idées et, souvent, quelques entretiens exploratoires.
- 1
Partez d’un étonnement
Notez ce qui vous surprend dans votre sujet : un fait qui contredit une idée reçue, un écart entre ce que prévoient les textes et ce que font les gens, une situation peu étudiée. - 2
Écrivez une question de départ
Formulez en une phrase ce que vous voulez savoir. Elle est provisoire, mais elle oriente vos lectures et vous évite de tout lire sur tout. - 3
Explorez
Lisez les travaux principaux sur le sujet et, si possible, menez quelques entretiens exploratoires. Le manuel de Marquet, Van Campenhoudt et Quivy consacre une étape entière à cette exploration, par la lecture et par les entretiens exploratoires. - 4
Faites le point
Résumez ce que l’on sait, les débats et ce qui manque. Une phrase du type « On sait que…, mais on connaît mal… » aide à repérer le problème. - 5
Choisissez un angle et vos concepts
Parmi les approches possibles, retenez-en une et définissez les quelques concepts qui vous serviront à lire vos données. - 6
Formulez la question de recherche
Rédigez la question, ses éventuelles sous-questions ou hypothèses, puis soumettez le tout à votre directeur ou directrice de mémoire avant de commencer l’enquête.
Attendez-vous à reformuler. La question de recherche change souvent après les premiers entretiens ou les lectures approfondies. Gardez la trace de ces changements : ils nourrissent votre chapitre de méthodologie.
Les qualités d’une bonne problématique
Le manuel retient trois critères pour une bonne question de départ : la clarté, la faisabilité et la pertinence. Ils valent aussi pour la question qui conclut votre problématique.
- Claire. La question est précise, sans mot vague ni double sens. Si deux lecteurs la comprennent différemment, reformulez-la.
- Faisable. Vous pouvez y répondre avec le temps, l’accès au terrain et les compétences dont vous disposez pour un mémoire. Une question sur « les étudiants en France » ne se traite pas avec huit entretiens.
- Pertinente. C’est une vraie question de recherche : elle cherche à comprendre ou à expliquer ce qui se passe, et non à juger ce qui est bien ou mal.
Trois autres signes d’une problématique solide :
- Elle s’appuie sur la littérature. Le lecteur voit ce que votre question ajoute aux travaux existants.
- Elle est délimitée. Une population, un terrain, parfois une période : vous savez qui vous allez interroger et où.
- Elle est ouverte. « Comment… », « En quoi… » ou « Dans quelle mesure… » appellent une réponse argumentée ; une question fermée appelle un oui ou un non. La formule « Dans quelle mesure » est courante dans les mémoires, mais elle ne rend pas précise une question vague.
Problématique faible ou solide : exemples
Les formulations faibles se ressemblent d’un mémoire à l’autre. Le tableau en montre quatre, chacune avec une version retravaillée. Les exemples sont fictifs.
| Formulation faible | Ce qui ne va pas | Version plus solide |
|---|---|---|
| Le travail étudiant | Un thème, pas une question | Comment les étudiants salariés organisent-ils leur temps pendant la période des partiels ? |
| Faut-il interdire aux étudiants de travailler pendant l’année ? | Une question normative : elle appelle un jugement, pas une enquête | Comment les étudiants salariés jugent-ils les effets de leur emploi sur leurs études ? |
| Le travail étudiant fait-il échouer les étudiants aux examens ? | Une question fermée, et une relation de cause que huit entretiens ne peuvent pas établir | Comment les étudiants salariés racontent-ils les arbitrages entre leur emploi et leurs révisions ? |
| Quel est l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes ? | Trop large, avec des notions floues : « impact », « jeunes » | Comment des lycéens de terminale décrivent-ils la place des réseaux sociaux dans leurs révisions ? |
Dans chaque cas, la version solide nomme une population, un objet précis et une question à laquelle des données peuvent répondre. Elle reste modeste : un mémoire de master éclaire un cas, il ne tranche pas un débat national.
Où placer la problématique dans l’introduction
Dans la plupart des mémoires, la problématique se trouve dans l’introduction, après la présentation du sujet et un premier état des connaissances. L’introduction fonctionne alors comme un entonnoir :
- le contexte et l’intérêt du sujet ;
- ce que disent les travaux existants, et ce qu’ils laissent de côté ;
- la problématique, qui se conclut par la question de recherche ;
- les hypothèses, si votre démarche en comporte ;
- l’annonce du plan.
Dans certaines disciplines, l’état de l’art occupe un chapitre entier, et la problématique est formulée à sa fin, juste avant la méthodologie. Suivez le modèle de votre formation. Dans tous les cas, le lecteur doit trouver la question de recherche sans la chercher, et la conclusion doit y répondre.
Rédigez une version de travail dès le début, puis la version définitive à la fin, quand vous savez ce que le mémoire montre réellement : elle ne doit pas promettre plus que ce que vos données permettent. Faites relire les deux versions par votre directeur ou directrice de mémoire.
De la problématique à la méthodologie
La forme de votre question indique déjà la méthode. Une question en « combien » ou « quelle proportion » appelle des données chiffrées, souvent un questionnaire. Une question en « comment » ou « quel sens » appelle le récit des personnes concernées, donc des entretiens, le plus souvent semi-directifs. Si ce sont les échanges et les normes partagées d’un groupe qui vous intéressent, un focus group peut convenir. Et si votre question gagne à être éclairée sous plusieurs angles, la triangulation combine plusieurs sources.
Dans le chapitre de méthodologie, justifiez chaque choix par la problématique : pourquoi ces personnes, pourquoi ce nombre d’entretiens, pourquoi cette méthode d’analyse. Une méthode modeste qui répond à la question posée vaut mieux qu’une méthode ambitieuse qui y répond mal.
Si votre problématique appelle des entretiens, prévoyez leur enregistrement, avec l’accord des participants et sur le matériel autorisé par votre établissement : certains établissements n’autorisent ni le dictaphone du téléphone ni les applications tierces. La retranscription vous permettra ensuite de citer exactement et de revenir au texte pendant l’analyse.
Vérifiez d’abord les règles de votre établissement : une voix permet d’identifier la personne, et Spirelight ne propose pas d’accord de sous-traitance des données. Si votre établissement l’autorise, vous pouvez retranscrire vos entretiens avec Spirelight : vous obtenez un premier jet avec les locuteurs et un horodatage à chaque prise de parole, que vous corrigez en écoutant avant de l’exporter vers Word.
Exemple fictif : la problématique de Camille
L’exemple reprend l’enquête fictive de Camille, en master 1 de sociologie, présentée dans l’article sur l’entretien semi-directif. Il montre comment son sujet est devenu une problématique. Les crochets indiquent les références qu’elle citerait.
Sujet : le travail salarié des étudiants pendant l’année universitaire.
Question de départ : « Travailler pendant ses études fait-il rater ses examens ? » Fermée, causale et trop vaste, elle n’est pas faisable dans un mémoire : Camille la retravaille après l’exploration.
Ce que l’exploration lui apprend : les travaux qu’elle lit [références] comparent surtout les résultats des étudiants salariés et non salariés. Trois entretiens exploratoires montrent autre chose : les étudiants parlent moins de leurs notes que de la façon dont ils réorganisent leurs semaines à l’approche des partiels.
Angle retenu : l’organisation du temps, étudiée à partir des récits des étudiants, et non l’effet de l’emploi sur les notes. Pas d’hypothèses formelles : la démarche est compréhensive, et les consignes du master n’en exigent pas.
Extrait de l’introduction : « Les travaux lus pendant l’exploration [références] se demandent surtout si le travail salarié nuit à la réussite. Ils disent moins comment les étudiants salariés font tenir ensemble leur emploi et leurs examens au quotidien. Ce mémoire s’intéresse à la période des partiels, où les deux exigences se télescopent, et pose la question suivante : comment les étudiants salariés organisent-ils leur temps pendant la période des partiels ? Trois sous-questions en découlent. Quelles marges de manœuvre leur laisse leur emploi ? Sur qui comptent-ils pour s’organiser ? Quel sens donnent-ils à leur emploi ? L’enquête repose sur huit entretiens semi-directifs ; elle ne cherche pas à mesurer l’effet de l’emploi sur les notes. »
La problématique applique les règles vues plus haut : une question ouverte, délimitée à une population et à une période, faisable avec huit entretiens, et qui annonce honnêtement ce que l’enquête ne fera pas. La question de départ n’a pas disparu : elle explique d’où vient le travail et montre ce que l’exploration a fait changer. Les sous-questions se retrouvent ensuite dans les thèmes de son guide d’entretien.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce qu’une problématique ?
- C’est la question à laquelle votre mémoire répond, avec le raisonnement qui y mène : ce que l’on sait déjà du sujet, ce qui reste à comprendre et l’angle choisi pour l’étudier. Elle transforme un thème en problème de recherche et se conclut le plus souvent par une question de recherche précise.
- Quelle différence entre problématique et question de recherche ?
- La question de recherche est la question précise qui conclut la problématique. La problématique est plus large : elle montre, à partir des travaux existants, pourquoi cette question se pose et sous quel angle vous la traitez. Certaines consignes emploient les deux mots l’un pour l’autre ; vérifiez ce que votre formation attend.
- Une problématique doit-elle être une question ?
- Elle aboutit presque toujours à une question, mais ne s’y réduit pas. Dans un mémoire, on attend en général quelques paragraphes qui situent le problème, puis une question ouverte et précise, parfois déclinée en sous-questions. La forme exacte dépend des consignes de votre formation.
- Faut-il des hypothèses ?
- Cela dépend de votre démarche. Si vous testez une relation entre des variables, avec un questionnaire par exemple, formulez des hypothèses. Dans une démarche qualitative et inductive, beaucoup de mémoires s’en passent, et des hypothèses de travail se dégagent de l’analyse. Si votre formation en exige, présentez-les comme des pistes à explorer et voyez-le avec votre directeur ou directrice de mémoire.
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